La palette de… Jean-Luc Monnet

Publié le 29 novembre 2022 à 07:45 par Mathieu Ozanam

Jean-Luc Monnet

Après s’être formé à l’école Émile-Cohl, Jean-Luc Monnet a presque tout de suite rejoint le monde des jeux vidéo. Il est aujourd’hui assistant directeur artistique et lead concept artist d’Arkane Studios. Depuis 2006 il a participé à la série des jeux « Dishonored » et « Deathloop », multi-primé aux Pégases 2022, notamment pour son « excellence visuelle » et « meilleur univers de jeu vidéo ». [Cet article a été initialement publié dans OUR(S) la revue #10]

Christophe Charbonnel

« Ce sculpteur français a commencé aux studios Disney où il faisait du modelage. Dans son œuvre il a notamment travaillé sur des héros de la mythologie grecque. Ce qui m’intéresse c’est la façon dont il retire de la matière. Ses statues monumentales ne sont pas lisses, mais pleines de trous. Il sait donner de l’épaisseur aux vêtements, aux muscles grâce aux vides qu’il crée. C’est difficile dans les jeux vidéos de donner cette impression de volume. Pour le premier « Dishonored » que nous avons sorti à Arkane, nous sommes allés à Londres et Edimbourg photographier des statues. De près, vous voyez que les couches de peintures ont été superposées au fur et à mesure des années. Ça donne une épaisseur. »

« Un Accident » de Pascal Dagnan-Bouveret

« Je l’ai découvert un peu par hasard à la bibliothèque municipale de Lyon Part-Dieu qui détient un fonds important de catalogues d’expositions. Pascal Dagnan-Bouveret vivait au même moment que les impressionnistes. « Un Accident » me fascine, je ne cesse d’y trouver de nouveaux détails. La scène représente un médecin qui soigne la blessure d’un enfant dans une maison paysanne. L’éclairage, quasiment de face, est assez osé pour l’époque. Le travail sur les différentes essences de bois, la carnation des visages, les articulations des mains, la blancheur éclatante de la bande de gaze. C’est le témoignage de la ruralité de la fin du XIXe. »

La campagne

« Je vis en ville, mais je viens du Revermont, une région de l’Ain qui va jusqu’au Jura. J’ai besoin d’y retourner, de travailler de mes mains dans l’atelier de mes parents. Et même plus largement de faire des choses tactiles, moi qui travaille dans un monde digital qui est évanescent. J’aime les objets patinés par le temps et qui continuent à être utilisés, parfois après avoir été réparés. Cette alternance entre la ville et la campagne m’aide à réfléchir. » 

« Blade Runner » de Ridley Scott

« Ce film va avoir 40 ans, mais il reste une grande référence pour moi. J’ai d’ailleurs trouvé courageux de la part de Denis Villeneuve d’avoir fait la suite « Blade Runner 2049 » après le chef d’œuvre et la folie visuelle du premier. Je suis touché par les personnages, la mélancolie qu’ils expriment, c’est émotionnellement très fort. Il y a aussi une cohérence de l’univers créé. En raison du manque de moyens financiers pour les décors, ils ont filmé les scènes d’extérieur sous la pluie. Et c’est maintenant devenu un canon des films d’anticipation ! Certains trouvent le film soporifique, pour moi il est contemplatif ! »

Alberto Breccia

« Ce dessinateur argentin est devenu le maître absolu du noir et blanc avec sa BD « Mort Cinder ». Il a mis des années à la faire. Il dessinait avec ses doigts, du tissu, des lames de rasoirs avec une maîtrise incroyable. Il a aussi publié « Dracula » en couleur dans un style tout à fait différent. Il l’a fait pendant la dictature en Argentine pour dénoncer la répression. Je reviens souvent vers Alberto Breccia car je suis meilleur en noir et blanc qu’en couleur. »