Hydroxychloroquine : David contre Goliath (vraiment ?)

Publié le 5 juin 2020 à 09:15 par La rédaction OUR(S)

David Pujadas a interviewé le Pr Raoult le 26 mai sur LCI

« Don’t feed the troll. » La formule fait florès sur les réseaux sociaux. En termes clairs : ne rentrez pas dans des débats sans fin avec des contradicteurs de mauvaise foi. C’est pourtant exactement la façon dont a procédé le gouvernement avec les promoteurs de l’hydroxychloroquine.

Une chronique de Bruno Sanvoisin, dirigeant de BS Conseil et Communication. Il représente le Syndicat national des attachés de presse (Synap) en Auvergne-Rhône-Alpes.

Petit rappel des faits du « monde d’avant ». Le 22 février, alors que l’épidémie se répand en Europe, le Pr Raoult annonce à grand renfort de réseaux sociaux qu’il a trouvé LE remède contre la Covid-19 : l’hydroxychloroquine, un antipaludique utilisé depuis des dizaines d’années. À lui le prochain Prix Nobel.

La méthodologie peu orthodoxe de tests utilisée par le scientifique entretient tout de même le débat. La mèche est allumée. En l’absence de traitement, des milliers voire de millions de Français demandent à pouvoir en bénéficier. Face à une telle pression le gouvernement français autorise ce traitement, tout en précisant que seuls les hôpitaux pourront l’utiliser sur les patients traités dans leurs services. 

Mais le 22 mai, The Lancet donne un gros coup de frein à cet engouement. La revue scientifique britannique publie un article basé sur une étude statistique des morts dans le monde. D’après celle-ci l’hydroxychloroquine a tué plus de patients Covid-19 que la mortalité normale liée à ce virus. Immédiatement la France interdit l’utilisation de la molécule et l’OMS suspend les essais cliniques. Mais… quand il apparaît quelques jours après que les données de l’article sont fantaisistes, la France, l’OMS, et The Lancet font machine arrière. 

Étudions à présent les défauts qui sont venus émailler cette communication générale autour de l’utilisation de l’hydroxychloroquine. 

1) Une annonce dans l’immodestie la plus complète

Le premier des travers de communication tient en l’annonce initiale du Pr Raoult puisque lors de l’annonce de sa découverte. Il déclame ainsi : « C’en est fini du Covid-19 » avant d’expliquer la solution qu’il a utilisée. Il n’en fallait pas plus pour déchaîner les passions, mais aussi les espoirs. 

2) Une communication à la « David contre Goliath »

Face aux doutes émis notamment sur la régularité des tests effectués, les défenseurs du scientifique communiquent sur le thème du « petit Marseillais rebelle » face au « géant Parisien et son establishment ». Le ver complotiste est déjà dans le fruit de la lutte contre la Covid-19. Ajoutez à cela une pincée de communication offensive sur le faible prix de la molécule face aux intérêts financiers supposés des grands laboratoires.

3) Le gouvernement communique vite et flou

L’État annonce certes rapidement sa décision, mais elle est en demi-teinte. En effet, l’hydroxychloroquine est autorisée uniquement sur des patients hospitalisés et donc atteints aux poumons. Mais le Pr Raoult avait indiqué dès son annonce initiale que son traitement ne fonctionnait pas dans ce cas.

4) Une marche en arrière précipitée et irraisonnée

Dernière erreur de communication majeure du gouvernement et de l’OMS : interdire immédiatement le traitement à l’hydroxychloroquine dès la sortie de l’article dans The Lancet… sans même lire l’article ou se laisser le temps de recueillir la contradiction. Le résultat est ainsi catastrophique, puisque, lorsqu’il a été démontré de façon quasi sûre que cette étude était fantaisiste, l’État français et l’OMS ont dû faire machine arrière. 

Pourquoi ces erreurs combinées ont-elles fait le lit des complotistes ?

Le propre des groupes complotistes aujourd’hui est de prendre une information fiable, vérifiée et vérifiable et de bâtir sur cette base un raisonnement faussé et fallacieux. Et après les rumeurs sur la création du virus par les États pour faire taire la population et éviter des révoltes, cet épisode de l’hydroxychloroquine est venu compléter le tableau. 

À communiquer dans l’immédiateté et sans réflexion, la communication opère l’effet exactement inverse de ce que l’on souhaitait.  

Afin d’éviter ce gâchis, voici ce qui aurait pu être fait : 

  1. Pour le Pr Raoult, annoncer que l’hydrochloroquine présentait des effets encourageants dans la recherche d’un traitement contre la Covid-19 et que les tests vont continuer. 
  2. Pour le gouvernement, communiquer en toute transparence sur l’hydroxychloroquine et indiquer que, même en « temps de guerre », une règle de prudence doit s’appliquer, même si le ministère des Solidarités et de la Santé raccourcira au maximum les délais.
  3. Ne pas trop tarder à valider le traitement ou à l’infirmer, mais dans les conditions prescrites par le Pr Raoult et rendre public la décision gouvernementale.
  4. À la sortie de l’article dans The Lancet, prendre la distance nécessaire et solliciter le Pr Raoult sur ces résultats. Une fois le côté « fantaisiste » avéré, organiser une prise de parole conjointe ou non, avec le scientifique et porter à la connaissance du public les raisons de ne prendre l’article au sérieux.

Une chronique de Bruno Sanvoisin, dirigeant de BS Conseil et Communication. Il représente le Syndicat national des attachés de presse (Synap) en Auvergne-Rhône-Alpes.