[Point de vue] Sortir de sa zone de confort ? Attention danger !

Publié le 30 août 2023 à 07:55 par Contributeur extérieur

Stéphane Moriou
© Sébastien Jourdan

Stéphane Moriou est conférencier. Il vient de publier « Feedback : le pouvoir des conversations » (Dunod). Dans cette tribune, il met en garde contre les excès du dépassement de soi – allant à l’encontre des injonctions souvent partagées –  et plaide davantage pour élargir sa zone de confort. [Cette tribune a été initialement publiée dans OUR(S) la revue #13 – Été 2023]

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LinkedIn regorge de gourous qui vous invitent à « libérer votre potentiel ». C’est la fameuse injonction du « quand on veut, on peut » qui exerce une pression sur les gens.  L’invitation à « sortir de sa zone de confort » fait appel aux mêmes ressorts psychologiques. Ce n’est pas seulement culpabilisant, c’est aussi potentiellement dangereux. Personne n’a des capacités illimitées. À force d’entretenir cette idée, nous pouvons mettre en difficulté certaines personnes qui présentent des fragilités. Nous risquons de les exposer à la déception, voire les conduire jusqu’à la dépression.

Certes, il est toujours bon d’échapper à nos biais cognitifs, en particulier nos croyances limitatives. Ils nous conduisent souvent à vouloir davantage corriger nos défauts qu’améliorer nos qualités. Les professionnels de la communication et du marketing en sont bien conscients : ils préfèrent mettre en avant les atouts d’un produit ou d’un service plutôt que ses défauts. Ce qui paraît évident pour la publicité, devrait l’être également pour tout être humain. Nous avons tous fait l’expérience d’une qualité ou d’une compétence qui s’est érodée. Votre aisance en anglais ? Elle va rapidement s’épuiser si vous la tenez pour acquise. C’est vrai en tout domaine : quand nous ne travaillons pas nos talents, ils s’atrophient comme un muscle qui serait insuffisamment sollicité.

Ne pas culpabiliser

Par ailleurs votre retour sur investissement sera plus rapide et important si vous partez d’une compétence que vous maîtrisez plutôt que d’une lacune. L’estime de soi ira de pair. Mais ce n’est pas ce que le système scolaire nous a appris. L’école demande aux élèves et aux étudiants de corriger leurs défauts pour redresser la barre, sans crainte de les faire culpabiliser.

En revanche, il faut avoir conscience que nous avons tous notre seuil d’incompétence, selon le principe de Peter. La grande question est de savoir identifier le moment où les efforts émis dépassent les effets désirés. D’où l’importance d’avoir une personne qui puisse vous alerter et vous faire ce feedback. On peut libérer son potentiel en travaillant beaucoup et en évoluant dans un univers apprenant : une entreprise qui vous permet de progresser, un mentor qui vous conseille et croit en vous.

Il ne faut pas culpabiliser de se trouver bien dans sa zone de confort. La vie s’occupe assez de nous mettre en inconfort, comme par exemple avec une pandémie mondiale qui nous oblige à revoir notre univers de travail ! Il y a ensuite la zone d’effort : c’est quand on commence à ressentir de l’inconfort. Ce serait un fantasme de croire qu’on peut y arriver sans produire d’effort, sans entraînement. Au-delà c’est la zone de surpassement de soi, quand on dépasse sa croyance de potentiel, pour arriver à son plein potentiel. En somme il faut tendre à élargir sa zone de confort, plutôt qu’à se mettre en danger en voulant en sortir.

Si vous voulez progresser, allez dans votre zone d’effort. Si vous voulez performer, restez dans votre zone de confort.

 

Stéphane Moriou est conférencier, consultant, chercheur et entrepreneur. Il a publié en mars 2023 l’ouvrage intitulé « Feedback : le pouvoir des conversations », Éditions Dunod, 19,90 €