Informations télévisées : quelle influence sur la santé mentale des Français ?

Publié le 5 juillet 2022 à 08:12 par Contributeur extérieur | Modifié le 5 juillet 2022 à 08:12

Un plateau de talk-show © Getty Images – rangizzz

Étudiant en fin de 3e année de journalisme à l’ISCPA Lyon, Antoine Lorigeon vient de soutenir son mémoire. Dans cette enquête il s’interroge sur l’influence des informations télévisées en temps de crise sur la santé mentale des téléspectateurs. OUR(S) lui a demandé de présenter sa méthode pour aborder ce sujet.

Étudier pendant trois années le journalisme à l’ISCPA Lyon permet de découvrir le fonctionnement des médias et de s’interroger sur sa profession. C’était plus particulièrement le but du mémoire de fin d’études, qui prend la forme d’une enquête journalistique. 

J’ai entamé ma réflexion au mois de septembre, au moment où coïncidait l’ouverture du procès des attentats du 13 novembre 2015, qui nous a replongés dans ces temps si sombres pour notre société. Je me suis souvenu du choc devant ma télévision. Une sidération vécue collectivement par de nombreux téléspectateurs qui ont passé cette triste soirée devant leur écran. 68 % des Français choisissent la télévision comme première source d’information lorsqu’un attentat survient et parmi eux, 42,5 % choisissent une chaîne d’informations en continu plutôt que généraliste (MEDIATERR, 2019).

Images fortes, discours inquiétants, on entend souvent que les chaînes de télévision généralistes et en continu ont le don de rendre les nouvelles anxiogènes en temps de crise. Le début de pandémie entre janvier et mai 2020 en est un exemple. La crise sanitaire a occupé un temps d’antenne inédit à la télévision pendant plusieurs mois, ce qui soulève des interrogations sur les répercussions de cette intense couverture télévisée pour notre bien-être. J’avais trouvé mon sujet : réfléchir à la manière dont les informations télévisées en temps de crise peuvent impacter la santé mentale de toute une société.

« Des éléments susceptibles de porter atteinte à notre bonne santé mentale »

Les études de cas du traitement télévisé du 13 novembre 2015 et du début de pandémie de Covid-19 m’ont permis de mettre en évidence des éléments susceptibles de porter atteinte à notre bonne santé mentale. Pour obtenir ces résultats, je me suis appuyé sur des études universitaires et des articles de presse réalisés sur ces deux événements. 

J’ai approfondi ces recherches en m’entretenant avec des journalistes, des chercheurs universitaires sur le monde des médias et une virologue. Sur la vingtaine de sollicitations qui a été envoyée, huit intervenants ont répondu avec envie à mes demandes d’entretiens, jugeant cette enquête nécessaire dans l’évolution du lien entre médias et société. Cette solide base de données m’a donné l’opportunité d’aller ensuite interroger des experts en santé mentale, pour confirmer ou non si les chaînes d’informations impactent notre santé mentale lorsque la société traverse une crise nationale. 

Échanger avec des psychiatres sur mes recherches

Cinq psychiatres ont accepté de contribuer à l’avancée de mon enquête et ont salué cette initiative dans un contexte où l’on commence à observer les effets collatéraux de la crise sanitaire. Les professionnels de la santé mentale font une distinction entre le 13 novembre 2015 et le début de pandémie de Covid-19, dont la couverture télévisée fut réalisée sur un temps court pour l’un et sur un temps très long pour l’autre. 

Pour le 13 novembre 2015, une enquête de Santé publique France réalisée dans les jours qui ont suivi les attentats démontre que les personnes ayant eu recours à des soins hospitaliers pour une augmentation du stress avaient passé beaucoup de temps devant les informations télévisées. Un traumatisme qui semble s’être pérennisé dans le temps puisqu’une seconde étude parue six mois après les attaques terroristes montre une augmentation durable des symptômes de stress dans la population. 

Cependant, peu de recherches scientifiques et sociologiques ont été réalisées sur le sujet, qui selon une source interrogée, connaît quelques limites. Malgré le choc, on ne peut pas considérer une personne en état de sidération devant sa télévision comme atteinte d’un stress post-traumatique, dont la définition ne prend pas en compte une personne touchée indirectement par un biais médiatique. 

L’analyse du traitement télévisé du début de la pandémie de Covid-19 connaît aussi selon des experts en santé mentale. D’après des psychiatres interrogés, le contexte sanitaire en lui-même, avec un confinement jamais vécu auparavant, pourrait être la cause principale d’une dégradation de notre santé mentale. Affirmer que la couverture télé en serait responsable semble prématurée au vu des études actuelles, mais certains experts affirment que la dépendance aux informations de certaines personnes fragilisées mentalement n’a rien arrangé à leur état psychique. En particulier lors des discours télévisés alarmistes d’Emmanuel Macron, que j’ai souhaité aussi étudier à travers cette enquête en m’interrogeant sur la portée psychologique de ces prises de paroles présidentielles en temps de crise. 

Antoine Lorigeon

Antoine Lorigeon, 20 ans, est étudiant en fin de troisième année de journalisme à l’ISCPA Lyon. Il vient de soutenir devant un jury son mémoire, prenant la forme d’une enquête journalistique, qui conclut sa formation professionnelle dans le Rhône.

L’an prochain, Antoine a choisi d’intégrer le Master de télévision et de radio de l’Institut européen du Journalisme à Paris pour venir compléter ses compétences dans ces domaines. Le jeune étudiant souhaiterait faire carrière à la télévision, avec l’idée d’incarner l’actualité pour le jeune public. À court terme, Antoine aimerait se rapprocher de certains médias qui seraient intéressés par son enquête pour la publier ou approfondir les recherches qu’il a entamé sur le sujet.  

Pour le suivre sur Instagram : Instagram.coml/antoinelrgn