Lionel Cuny (Insign) : « Je souhaite être transparent avec mes collaborateurs »

Publié le 27 mars 2020 à 15:54 par Mathieu Ozanam

Lionel Cuny en télétravail depuis sa péniche en région parisienne

[Série : Restez chez vous] L’agence indépendante Insign compte 260 collaborateurs répartis entre Paris, Lyon et Tournon (Rhône). Son président Lionel Cuny partage cette expérience de réorganisation et comment il envisage l’avenir.

Nous sommes dans la 2e semaine de confinement, quels sont les retours de vos clients ?

Un ou deux clients ont stoppé leur campagne. Il y a eu des décalages d’opérations en avril-mai. Mais la question arrive un peu tôt pour savoir quel sera l’impact réel. Nous le savons : nous sommes dans un métier exposé quand l’activité se contracte. La réalité économique va s’imposer à nous. À nous d’être bons. 

J’ai aussi l’espoir que cela reparte fort. Le confinement crée une frustration. Les consommateurs vont vouloir rattraper le temps perdu à l’issue du confinement. Donc j’espère que cela aura un effet positif.

Vous n’êtes donc pas inquiet ?

J’ai connu 2001 et l’éclatement de la bulle internet. J’étais un junior dans une grande agence parisienne. J’ai été nommé directeur général début juillet 2008 et la crise financière s’est déclenchée en août. Alors je sais d’expérience que nos métiers sont une proie facile. Les budgets communication sont les premiers à être stoppés.

Mais le vrai sujet reste celui de la trésorerie : celle-ci n’est pas inépuisable. Nous avons décalé les échéances d’Urssaf, de TVA. Cela nous permet d’amortir le choc. Nous sommes vraiment dans le pilotage à vue. Et nous avons très peu de temps pour réagir.

Comment en parlez-vous à vos collaborateurs ?

Je souhaite être transparent sur la situation. Nous avons donc organisé une visioconférence. À la fin de mon intervention ils pouvaient poser leurs questions. J’ai tenu à les rassurer. Mon message c’était d’affirmer ma volonté de préserver quoiqu’il en coûte la pérennité de l’emploi chez Insign. Certaines agences ont déjà mis fin à des périodes d’essai et à des CDD. Ce n’est pas notre volonté. Nous avons aussi fait une petit sondage vendredi dernier pour demander aux collaborateurs quel était leur moral. Il est important de s’en inquiéter.

Le télétravail est, de fait, devenu la nouvelle norme. Vous y étiez préparés ?

Les grèves des transports en commun ont été une sorte de répétition générale ! De plus, il y a 3-4 ans, nous avions permis à nos collaborateurs de télétravailler deux jours par mois. Pour que les gens puissent avoir des rythmes différents et pour certains être plus au calme sans avoir les sollicitations ou les sautes de concentration quand on est dans un open space.

Votre organisation sur trois sites vous a peut-être aussi aidés ?

Nous avons en effet 130 personnes à Paris, 100 personnes à Lyon et 30 à Tournon. Depuis mon arrivée, je souhaite que l’agence soit perçue comme une plateforme avec des compétences sur les trois sites. Et qu’ils travaillent ensemble sur des projets. Je pense que cela nous a servi depuis sept ans. Nous avons acquis une bonne expérience du travail en mode distant.

Et alors, quels sont les atouts et inconvénients du télétravail ?

La particularité du travail distant, c’est qu’il demande plus de précision et d’exigence. Il faut être très précis dans les demandes. Il faut vraiment optimiser le travail et le temps affecté, car dans la période actuelle vous êtes en télétravail mais ça se passe avec votre famille. Il faut s’aménager des plages horaires avec les enfants. Il y a forcément des pertes de productivité, qu’il faut apprendre à compenser. De mon point de vue, c’est une bonne nouvelle : ça nous oblige à être plus précis.