Dessintey, rééduquer le cerveau par le numérique

Publié le 15 juin 2023 à 07:00 par Article partenaire

Dessintey
Davy Luneau, Pascal Giraux et Nicolas Fournier © Johann Trompat

Entreprise à impact social positif, la MedTech conçoit un dispositif à destination des personnes affectées de troubles neurologiques. Cette solution numérique qui stimule la plasticité du cerveau afin de favoriser le mouvement du patient commence à être commercialisée dans le monde entier.

Une filiale en Allemagne qui couvre aussi le marché suisse et autrichien, un réseau de distributeurs dans une vingtaine de pays en Europe ainsi qu’en Asie (Corée, Hong Kong), un peu plus de 150 établissements de rééducation français équipés de cet outil numérique made in Saint-Étienne… La méthodologie imaginée par Dessintey est pratiquée quotidiennement sur des patients à la suite d’un accident vasculaire cérébral, d’une amputation, ou de traumatismes orthopédiques.

L’entreprise travaille avec des services de rééducation dans des hôpitaux et cliniques qui effectuent des soins de suite et de réadaptation. Dernièrement, la scale-up a œuvré pour la rééducation de Felix Gretarsson, première personne au monde à avoir subi une double greffe complète des bras, aux côtés de l’équipe médicale lyonnaise. Le pronostic était qu’il arrive à bouger le coude, aujourd’hui il bouge les doigts.

Duper le cerveau du patient pour ré-enclencher le mouvement

Le principe de cette technique ?  Capter des images de mouvement d’un membre sain. Puis, inversées, ces images sont projetées par-dessus le membre pathologique. Le cerveau, dupé, croit alors que ce dernier bouge.

« La science a démontré que quand je vois mon bras bouger même si je ne le meus pas, cela stimule le système sensorimoteur, la plasticité du cerveau en particulier, donc la capacité à imaginer le mouvement avant même de l’exécuter », explique le CEO de la deeptech stéphanoise, Nicolas Fournier.

Toutefois la méthodologie existait auparavant, elle se pratiquait avec un simple miroir dans l’axe sagittal.

« Cette technique du miroir était connue comme étant efficace mais pas pratiquée. L’idée a été de la digitaliser pour rendre cette thérapie beaucoup plus simple et accessible à un très grand nombre de patients. »

Illustration de l’utilisation de l’outil avec un patient © DR

À l’origine, un trio gagnant

Au début des années 2000, le professeur Pascal Giraux, chef de service Rééducation Adulte au CHU Saint-Étienne et référent international en rééducation neuro-motrice, utilise la thérapie miroir. Il cherche cependant à l’améliorer. Il réalise quelques prototypes à l’aide de la vidéo mais met de côté le projet car il n’a pas les ressources pour aller plus loin.

En 2012 Davy Luneau, thérapeute spécialiste en sciences de la motricité rencontre le Professeur qui lui propose de le poursuivre le projet. Durant trois ans, il refait des prototypes et les expérimente avec ses patients. En 2015, le duo présente le dispositif au concours national de la SOFMER qui récompense des produits innovants au service du handicap et de la rééducation. L’ IVS3 (future Dessintey) gagne le prix de l’Innovation.

Deux cofondateurs : un expert métier et un entrepreneur

Autre application de l’outil de Dessintey © DR

Un an plus tard, Saint-Étienne Métropole met en relation Nicolas Fournier et les deux professionnels de la santé afin qu’il impulse à ce projet la dynamique entrepreneuriale.

« J’ai repris le lead sur le projet pour les aider à designer le produit, le développer pour qu’il corresponde aux attentes », explique ce parisien d’origine au passé d’ingénieur et titulaire d’un Master en entrepreneuriat qui a collaboré aussi bien avec des startups que des grands groupes.

Des designers sont mis à contribution pour travailler l’ergonomie du produit. « L’ergothérapeute ou le kiné à une 1/2h avec son patient, 99 % du temps doit être consacré au patient et non à l’installation. Les professionnels adoptent tout de suite le matériel.. »

Un nom d’entreprise s’impose. « Avant même de commercialiser l’outil, nous l’avons présenté à 80 établissements. Nous nous présentions alors plutôt comme une équipe de recherche issue de Saint-Etienne qui travaille sur la thérapie miroir. Quand on revenait voir les structures, elles disaient c’est l’équipe de Sainté ! », commente Nicolas. Dessintey devient une marque.

En 2017, les statuts sont déposés. Nicolas Fournier sera le CEO, Davy Luneau, l’expert métier qui gérera la direction produit et les ventes à l’international. Le binôme lance le dispositif en 2018 à Saint-Jean Bonnefonds, dans la Loire.

« Nous avons la chance d’être sur un territoire qui nous a permis d’aller très vite dans le développement de la solution en travaillant en sous-traitance avec des partenaires ayant des expertises en mécanique, en électronique, en design, en logiciel… dans un esprit d’efficacité et de bienveillance que l’on retrouve dans peu d’endroits », confie le Président de Dessintey qui ajoute :  « Nous avons un vrai ancrage local. 80 % des composants proviennent de partenaires situés dans un périmètre de 50 km maximum autour de Saint-Étienne. Nous sommes vigilants sur notre empreinte carbone. »

En hypercroissance 

Le seuil de rentabilité est atteint dès les débuts de la startup. « On a toujours eu cette notion de pragmatisme et d’efficacité. Nous avons été à l’équilibre assez vite. » En 2019, Dessintey  lève 1 million d’euros pour investir en R&D. L’entreprise connaît une forte croissance, plus de 75 % en 2022, et plus de 150 % en 2021.

En 2023, la désormais scale-up fait partie des 7 entreprises du territoire de la promotion  Scale-Up Excellence, un programme national porté par le ministère de l’Economie et déployé par cinq capitales French Tech dont celle de Saint-Étienne Lyon.

Depuis 5 ans, les locaux ont déjà triplé de surface. L’année prochaine le site de Saint-Jean-Bonnefonds va s’agrandir encore davantage. L’effectif de la PME compte 17 salariés, 10 autres vont rejoindre les rangs dans les six mois à venir notamment pour renforcer les équipes support ainsi que R&D.

En 2024, deux nouveaux produits basés sur d’autres principes fondamentaux sortiront. Dessintey va également poursuivre son développement commercial international avec l’objectif de s’implanter dans une quinzaine de pays par an. Le marché américain est également dans la ligne de mire.

 

Article réalisé en partenariat avec le cabinet de conseil en affaires publiques Calif.

 

La rédaction d’OUR(S) n’a pas pris part à la rédaction de cet article.